Problématique des PFAS et impacts sur la santé publique [communiqué de presse]

15.07.2024

La Cellule Environnement de la Société Scientifique de Médecine Générale (SSMG) a, à plusieurs reprises, attiré l’attention des Ministres de la Santé sur la préoccupation croissante concernant les substances perfluoroalkylées (PFAS). Le CMG a pris part à son interpellation pour demander plus de clarté et des réponses.

[Son communiqué de presse]

“Tout d’abord, sur le risque de surmédicalisation suite aux recommandations de dépistages (mammographies dès 40 ans, dépistages non validés…) ; et ensuite sur le manque de données permettant de rassurer les femmes allaitantes.

La population, légitimement inquiète, ne trouve que peu de réponses à ses questions. Notre cellule, reconnue pour son expertise en perturbateurs endocriniens depuis plus de 20 ans, déplore que ces enjeux ne soient pris au sérieux qu’en temps de crise, souvent trop tard.

Deux problématiques nous interpellent : Premièrement, des recommandations pour le suivi des patients contaminés par les PFAS ont été publiées par le Conseil Scientifique Indépendant. Celles-ci concernent trois catégories de personnes :

  • < 2 ng/ml : Pas de problème.
  • 2 à 20 ng/ml : Surveillance du profil lipidique (1x de 9 à 11 ans, puis tous les 6 ans), hypertension de grossesse (à chaque visite prénatale), cancer du sein (mammographie préventive tous les 2 ans de 40 à 74 ans).
  • > 20 ng/ml : Surveillance renforcée du profil lipidique, hypertension de grossesse, cancer du sein, cancer du rein (à partir de 45 ans), TSH (à partir de 18 ans), cancer testiculaire et colite ulcéreuse (à partir de 15 ans).

Un manque de concertation avec la première ligne

Ces recommandations, basées principalement sur celles du NASEM aux États-Unis, ont été établies sans concertation avec la première ligne de soins et sans études préalables sur leur intérêt pour la santé des personnes et en termes de santé publique. Plusieurs questions restent en suspens :

  • Quelle sélection des populations à tester pour la contamination aux PFAS ?
  • Quel suivi médical proposer à large échelle ?
  • Quelles directives claires doivent-elles être appliquées à quels risques de cancers ? Le bénéfice escompté contrebalance-t-il les risques associés aux dépistages supplémentaires (ex. cancer radio induit par mammographies ou surdiagnostics et surtraitements) ?
  • Quelles sont les normes et mesures à adopter en cas de dépassement des seuils de profil lipidique ? En particulier chez les enfants !

Nous ne remettons pas en cause les seuils proposés mais bien les mesures les accompagnant : tout d’abord, le risque de surmédicalisation est réel. Il est impératif de mener des études complètes sur la pertinence des mesures proposées à l’échelle de la santé publique. Ensuite, la première ligne de soin est déjà au bord de la saturation. Faire peser la charge logistique et administrative de ces mesures sur les médecins généralistes est un pari peu raisonnable.

Deuxième problématique, celle de l’allaitement.

Un cas récent a particulièrement attiré notre attention : lors d’une réunion publique, une mère avec un taux de PFAS sanguin de 36 ng/ml a signalé que son enfant de trois ans présentait un taux de 90 ng/ml. Bien que l’allaitement maternel soit généralement préféré pour ses nombreux bénéfices, les recommandations américaines suggèrent de le reconsidérer en cas de forte contamination par les PFAS.

Exposer des nourrissons à des taux élevés de PFAS, particulièrement durant les 1000 premiers jours de vie, période cruciale pour le développement, est préoccupant. Cette situation illustre les conséquences sanitaires d’une pollution environnementale et souligne la nécessité d’une réponse proactive et concertée avec le monde médical.

En l’absence de normes concernant la teneur acceptable de PFAS dans le lait maternel des femmes allaitantes vivant dans des zones exposées, nous recommandons de : (1) Faciliter l’accès au dosage des PFAS dans le lait et (2) mener une étude comparant l’évolution des taux chez l’enfant, dans le lait maternel ainsi qu’au domicile (poussière, eau, sol…) pour prendre en compte le comportement “PICA” des enfants.

Nous espérons que ce message saura retenir l’attention des autorités compétentes.”

Pour rappel, la SSMG a aussi mis sur pied une FAQ au sujet des PFAS. Elle est disponible ici.