Préparer au mieux les vagues de chaleur en médecine générale

08.07.2026

Suite à la vague de chaleur qui s’est étendue du 18 juin au 1er juillet 2026, 1 747 décès supplémentaires ont été enregistrés par rapport au nombre attendu, soit une surmortalité de 47,8 % (selon les chiffres de Sciensano au 8 juillet). Une telle surmortalité au cours d’une vague de chaleur est sans précédent dans notre pays. Dans ce contexte, comment la médecine générale peut-elle anticiper les prochaines canicules ? 

Le bilan de la canicule que la Belgique a connue fin juin est effrayant. La Wallonie a été la région la plus durement touchée, avec une surmortalité de 76 %. Cette vague de chaleur n’a pas uniquement affecté les personnes âgées : une surmortalité de 61,3 % a également été observée chez les personnes âgées de 15 à 64 ans. Ces résultats proviennent de Be-MOMO, le système de surveillance de la mortalité toutes causes confondues de Sciensano. Be-MOMO ne permet pas d’attribuer une cause de décès et d’expliquer ces importantes différences régionales. Une analyse plus approfondie sera nécessaire.

Une surmortalité de 47,8%, un tri 1733 défaillant, et une absence d’anticipation qui interroge. Il s’agit du pic le plus élevé du nombre de décès quotidiens dans notre pays depuis la première vague de coronavirus.

On ne s’attendait pas à une canicule de cette ampleur. Pourtant, les conséquences du réchauffement climatique sont connues et ces événements ne vont faire qu’augmenter en fréquence et en intensité. Il est étonnant d’avoir pu être pris au dépourvu mais une telle surmortalité au cours d’une vague de chaleur est sans précédent dans notre pays. Elle était exceptionnelle : dix jours consécutifs où les températures ont dépassé les 30 °C et où les nuits étaient anormalement chaudes.

Afin d’anticiper au mieux les prochaines vagues de chaleur, la médecine générale a un rôle important à jouer auprès de la population. Et la plus grande partie des actions qui peuvent être mises en place par les pratiques de médecine générale doivent se dérouler avant les fortes chaleurs.

Découvrez notre fiche pratique récapitulative.

Les groupes vulnérables

  • >65 ans (surtout les >75 ans et/ou fragiles).
  • <5 ans.

Indépendamment de l’âge :

  • Femmes enceintes.
  • Patient avec pathologies chroniques : cardiovasculaires, respiratoires, rénales, obésité, troubles cognitifs/psychiques, diabète, rénales, maladie de Parkinson.
  • Personnes déjà exposées à un risque de déshydratation (vomissements/diarrhées).
  • Personnes effectuant un travail physique ou une pratique sportive intense en plein air.
  • Personnes socialement isolées/dépendantes/à mobilité réduite/sans-abri/réfugiées.
  • Personnes présentant une dépendance à l’alcool ou aux drogues : action sur la thermorégulation ou sur la déshydratation et la diminution de la vigilance aux symptômes.
  • Personnes prenant certains médicaments (voir ci-dessous).
  • Personnes présentants des troubles des fonctions exécutives rendent plus vulnérables aux fortes températures (oubli de s’hydrater, difficultés d’identification des signaux physiologiques, aggravation des troubles liés à la chaleur) : notamment TDAH, TSA, bipolaire, syndrome de la Tourette, PTSD, parfois borderline, schizophrène, psychotique, antécédents d’AVC, démence, déficience intellectuelle.

Attention, la chaleur tend à aggraver les problèmes de santé mentale en augmentant la fatigue et donc en aggravant les troubles mentionnés. Une attention sur les institutions psychiatriques fermées est aussi nécessaire.

Avant la canicule

Identifier ses patients à risque (voir les groupes vulnérables et les médications) via les DMI.

En particulier :

  • Les patient.e.s âgé.e.s de plus de 80 ans : tous
  • Les patient.e.s âgé.e.s de plus de 75 ans : qui prennent un ADO (antidiabétique oral),  IECA ou Sartans ou une médication psychotrope.
  • Les patients âgés de plus de 70 ans : qui prennent un diurétique.
  • Si possible, compléter la liste en identifiant les patients connus souffrant d’isolement social.

Établir un plan pour avoir un contact téléphonique direct avec cette patientèle prioritaire.

  • Via la pratique de MG
  • Via des organisations tierces (si une action s’organise).

Voir notre fiche “entretien téléphonique” avant la canicule.

Assurer un suivi des patient.e.s à risque identifiés dans sa pratique.

Revoir les traitement chronique en étant attentifs aux médicaments aggravant la déshydratation ou délétères en cas de déshydratation.

Voir notre fiche pratique “médication” tirée du Folia de Juin 2026 du CBIP “Canicule et médicaments, soyez vigilants” .

Pendant la canicule

  • Surveiller les signes de déshydratation chez les personnes vulnérables.
  • Vérifier et éventuellement adapter la médication des personnes fragiles qui sont déshydratées ou à haut risque de le devenir.
  • Pour les personnes à risque, établir un plan de contact téléphonique.

Voir notre fiche “entretien téléphonique” pendant la canicule.

  • Adapter ses consultations
    • Mettre à disposition de l’eau en salle d’attente.
    • Rappeler les conseils de base pour éviter le réchauffement de l’intérieur (limiter l’exposition au soleil via des volet ou autre mesure, ne pas laisser entrer la chaleur aux heures les plus chaudes, etc.), éventuellement avec un flyer à destination des patients.
    • Surveiller les paramètres des patients avec multiples comorbidités et/ou polymédication en institution (température, tension et FC).

Après la canicule

  • Prévoir une veille médicale jusqu’à 10 jours après la vague de chaleur via une consultation ou une visite à domicile.
  • Prévoir une évaluation des mesures mises en place au sein de la pratique.

Consulter d’urgence en cas de coup de chaleur :

  • température corporelle élevée (> 40°C) avec peau chaude et sèche;
  • apathie, confusion, désorientation, troubles du comportement;
  • perte de connaissance ou convulsions;
  • nausées, vomissements importants, urines foncées ou rares;
  • absence de transpiration malgré la chaleur;
  • asthénie importante.

Conseils à vos patient.e.s

  • Organiser un réseau de vigilance intergénérationnel dans votre quartier afin de veiller aux personnes vulnérables isolées.
  • Boire plus d’eau que d’habitude.
  • Éviter les boissons alcoolisées et les boissons qui contiennent de la caféine et du sucre.
  • Limiter les efforts physiques (par ex. les activités sportives), surtout entre 12 et 20 heures.
  • Laisser les rideaux et les volets fermés pendant la journée et aérez la nuit lorsqu’il fait de nouveau un peu plus frais.
  • Rester de préférence à l’intérieur car il y a moins d’ozone à l’intérieur qu’à l’extérieur.
  • Se rafraîchir régulièrement (douche, bain, piscine, fontaine…).
  • Adapter ses vêtements et ceux des enfants : vêtements légers (en coton), de couleurs claires, chapeau ou casquette contre le soleil. Protégez-vous contre les coups de soleil avec de la crème solaire.
  • Ne jamais laisser un enfant, une personne non autonome ou un animal domestique dans une voiture immobile ou non ventilée correctement.
  • Revoir les traitements chroniques en étant attentif aux médicaments aggravant la déshydratation ou délétères en cas de déshydratation.

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